Edifice remarquable de la ville de Neuilly, cet hôtel particulier a été la propriété entre 1903 et 1971 successivement de deux collectionneurs privés qui en ont fait un haut lieu d’architecture, de décoration, mais aussi de fêtes fastueuses.

 

Hôtel Arturo Lopez

L’hôtel Arturo Lopez, du nom de son deuxième propriétaire, a connu plusieurs vies. Il a été construit par Paul Rodocanachi (1871-1952), héritier de la branche londonienne d’une grande famille grecque, puis racheté par son ami et disciple, le riche collectionneur et mécène chilien Arturo Lopez Willshaw (1900-1962), avant que la Ville en devienne propriétaire.

 

 Des débuts néoclassiques tout en sobriété

 L’histoire de cet édifice débute en 1899, lorsque Paul Rodocanachi, acquiert un terrain à Neuilly, 12 rue du Centre, pour y faire construire un hôtel particulier dans un cadre somptueux de 5.000m2.

Ce passionné d’art et d’architecture l’a conçu dans un style Louis XVI, alors très prisé des grandes fortunes et des grands collectionneurs. « Cette demeure de plus de 400m2 sur deux niveaux a été construite en 1903 à l’image d’un hôtel du XVIIIe siècle entre cour et jardin. Les éléments de décoration intérieure qu’elle abrite illustrent un goût immodéré pour cette période. Officiellement, c’est l’architecte Emile Danneron qui en est l’auteur, mais Paul Rodocanachi semble être le véritable concepteur de la maison dont il a également dessiné tout le mobilier dans son style de prédilection. Le jardin était composé d’une pièce d’eau avec des statues et un théâtre de verdure. » précise Esther Vuaroqueaux, directeur adjoint de la culture et du patrimoine à la Ville.

 

Le propriétaire, prince grec héritier d’une grande famille de Chios exilée en Angleterre, s’y installe avec sa mère et y reçoit de nombreux intellectuels et artistes, comme Rodin, Matisse et Zadkine. Durant la Première guerre mondiale, cet hôtel accueille des soldats convalescents dans les communs transformés en ambulance.

 

 

Un virage royal majestueux

 En 1928, au décès de sa mère, le prince grec vend sa demeure à son ami le mécène chilien Arturo Lopez Willshaw. Épris du XVIIe siècle, Arturo Lopez cherche à évoquer dans sa demeure l’univers des grands châteaux royaux qu’il affectionne. Arturo Lopez et Paul Rodocanachi ont travaillé ensemble à la décoration et à l’ameublement de l’hôtel qui était leur passion.

 En 1928, ils ont changé l’emplacement du grand escalier et créé le salon chinois côté jardin. Les espaces du premier étage présentent aussi des décors des XVIIe et XVIIIe siècles : petite galerie des glaces, salon avec boiseries à singerie et chinoiserie, chambre à coucher reprenant le décor d’un salon de Versailles. Mais, il ne s’agit pas de copies strictes, il y a toujours une part de réinterprétation. 

 

Le salon chinois

Le salon chinois

 

Arturo Lopez était en outre mécène de Versailles et il a ajouté plusieurs références au château du Roi Soleil dans sa demeure.  Celle-ci était aussi l’écrin de ses magnifiques collections de ses périodes fétiches, surtout des meubles et de l’argenterie.

Cette demeure va également continuer à accueillir de nombreuses personnalités, et plus particulièrement des artistes, comme Salvador Dali qui y réside lors de ses séjours parisiens. L’hôtel devient aussi le cadre de fêtes mondaines présidées par l’épouse d’Arturo Lopez, Patricia.

 

Le style scintillant des grottes maniéristes toscanes du XVIe

Le mécène, très ami avec Gérald van der Kemp, le conservateur du château de Versailles, finance  avec la l’héritière américaine Barbara Hutton le retissage du brocard de la chambre du Roi.

A la même époque, il est sollicité par le conservateur du domaine de Rambouillet pour financer la restauration de la chaumière des coquillages. « Arturo Lopez a apprécié le travail effectué à Rambouillet et a demandé à l’équipe de céramistes de créer en 1956 une salle des coquillages dans son hôtel de Neuilly. Les murs ont ainsi été tapissés de 29 000 moules, 31 000 bigorneaux, 19 000 crapauds, 40 000 petites coques, 3000 ormeaux, 1 500 escargots, 8 000 bigorneaux, 12 000 palourdes, 1 000 coquilles Saint-Jacques, 11 000 escargots nacrés, 3 500 clams, 2 500 praires, 7 000 fausses guinées, 500 dos de moules, soit au total 169 000 coquillages. Au plafond, une tonne de nacre a été employée. »

Ce type de décor trouve sa source dans les grottes maniéristes du XVIe siècle en Toscane. Il s’agit de grottes artificielles sculptées et décorées par des artistes à la demande des princes. Les différents matériaux, à la lumière des chandelles, devaient produire un scintillement merveilleux. Cette fastueuse et non moins originale salle a été inaugurée le 20 juin 1952 lors d’une fête donnée pour les 50 ans d’Arturo Lopez en présence du tout-Paris et de Robert Doisneau qui a assuré la couverture photographique de la soirée.

 

Un patrimoine architectural rare

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Porte de chambre à l’Hôtel Arturo Lopez

En 1958, à la demande du propriétaire, Alexandre Borissovitch Serebriakoff, artiste peintre, aquarelliste et décorateur russe, réalise une maquette de cet hôtel unique. Neuf ans après le décès d’Arturo Lopez, l’hôtel est acheté en 1971 par la ville de Neuilly-sur-Seine.

Le parc est vendu séparément et loti. L’aile des communs, située le long de la rue de Longchamp, est très largement modifiée pour permettre l’installation d’une bibliothèque municipale.

L’hôtel Arturo Lopez accueille un musée des Automates entre 1978 et 2007. Il abrite aujourd’hui les cours de l’école de musique. Les salons du 1er étage (petite galerie des glaces, salon Louis XVI, salle à manger, salon Chinois, chambre d’Arturo Lopez, … ) et la salle des Coquillages sont conservés dans leur état d’origine. 

Cette demeure, à travers les éléments de décoration intérieure qu’elle abrite fait partie des édifices remarquables de la Ville de Neuilly.

 

Le saviez-vous ?

Chaque année, en septembre, des visites sont organisées lors des Journées européennes du patrimoine. Une visite virtuelle est également proposée sur le site de la Ville www.neuillysurseine.fr (rubrique patrimoine).

 


Petite chronologie du lieu

  • 1903 Début de la construction
  • 1928 Vente de l’hôtel à Arturo Lopez-Willshaw
  • 1956 Construction de la salle des coquillages par l’architecte décorateur Serge Royaux
  • 1958 Réalisation de la maquette de l’hôtel par Alexandre Serebriakoff
  • 1962 Décès d’Arturo Lopez
  • 1971 Acquisition de l’hôtel par la ville de Neuilly-sur-Seine
  • 1977 Installation de la bibliothèque municipale dans l’aile de communs de l’hôtel
  • 1978 Inauguration du musée de la Femme et des Automates
  • 1997 Fermeture du musée pour rénovation
  • 2004 Réalisation d’une étude architecturale et historique du bâtiment