Les NFT constituent-ils l’avenir de l’immobilier ?

Imaginez des mondes parallèles où vous êtes virtuellement propriétaire de la maison de vos rêves, d’œuvres d’art, de streetwear et sacs de luxe. Pour les acquérir, vous avez réellement déboursé des milliers voire des millions d’euros.

Le concept vous paraît fou ? Quel est l’intérêt de dépenser ses ressources financières dans des biens virtuels ? Et pourtant, cette dernière année, l’attrait pour les NFT (non-fungible tokens) – ces jetons non-tangibles qui s’achètent à prix d’or – n’a cessé de croître.

Du yacht virtuel acquis pour 650 000 $ au terrain de 556 mètres carrés vendu à 2,46 millions de dollars dans l’univers virtuel Decentraland, les possibilités semblent infinies. S’agit-il d’un engouement passager ? Ou d’une tendance qui va s’installer progressivement et révolutionner tous les secteurs d’activité ? 

 

L’agence immobilière Sadone fait le point avec Eden Gall, avocat-collaborateur spécialisé dans le droit numérique, dans le cabinet August Debouzy.  

 

Des NFT au Métavers

sadone nft immobilierVéritable acte de propriété, le NFT permet d’assurer à son propriétaire l’authenticité et l’unicité de l’objet numérique qu’il vient d’acquérir. Dans le web 2.0, une image peut être reproductible à l’infini ; dans les Métavers, les mondes virtuels, chaque NFT est unique. 

Au-delà de l’unicité des NFT, plusieurs raisons expliquent la frénésie autour de ces jetons non-tangibles. Pourquoi dépenser des sommes astronomiques pour des biens virtuels ? Les NFT permettent, tout d’abord, de spéculer. Il est donc possible de s’enrichir (ou l’inverse), avec l’achat et la revente de NFT.

Il existe également des NFT utilitaires qui confèrent à leurs propriétaires des droits particuliers. Par exemple, les NFT de l’œuvre « Bored Apes Yacht Club » ouvrent les portes d’évènements très confidentiels dans le monde réel.

Quant aux entreprises ? Elles y voient des opportunités d’expansion. Façonner leur crédibilité, en restant à la pointe de la technologie, mais aussi progressivement prendre place dans le Métavers.

Alors que les Métavers sont en plein développement, les NFT prennent beaucoup plus de sens. Dans le Métavers, chaque objet, avatar ou terrain s’achète et se revend sous forme de NFT. Intrinsèquement liés, les NFT et Métavers se font vivre mutuellement. 

 

Métavers : le futur du marché immobilier ?

 

On peut acheter des terrains aussi bien dans les jeux vidéos que dans les Metavers. Via les NFT, les transactions numériques sont sécurisées par la technologie blockchain. Chaque parcelle de terrain est donc unique et non-reproductible. À partir du moment où un terrain est acheté dans le Metavers, le propriétaire peut en faire ce qu’il souhaite – y construire une maison, des bureaux, une boutique, et pourquoi ne pas les louer ou les vendre par la suite ? 

Pour le moment, seule une poignée d’initiés font l’expérience du Metavers. Il faut dire aussi que les univers virtuels existants sont encore en cours de développement. Mais leur objectif, sur le long terme, est de proposer une expérience immersive où il sera possible de se promener avec ses amis, de rentrer dans des magasins, ou d’assister à des évènements, le tout virtuellement. 

Comme c’est le cas dans la réalité, les parcelles de terrain les plus demandées par les entreprises sont celles situées dans des lieux centraux, où se massent de nombreux visiteurs. Warner, Carrefour, Nike, Adidas : ces marques ont récemment acheté des parcelles de terrain dans le Metavers The Sandbox ou le jeu vidéo Roblox, et ce, pour des millions de dollars. Acquérir un terrain dans le Metavers semble facile, les smart contracts de ces biens immobiliers virtuels étant basés sur la blockchain. 

Est-ce le cas également pour les biens immobiliers réels ? 

 

En voie de la tokenisation des biens réels ?

Soutenus par la blockchain, les NFT garantissent donc la sécurisation de la transaction lors de l’achat d’un bien immobilier, pour l’acheteur comme pour le vendeur.

« Les smart contracts permettent de créer un mécanisme qui relie automatiquement le NFT à son propriétaire », explique Eden Gall. 

C’est dans ce contexte que la tokenisation des biens réels (la transformation des biens réels en jetons) est en train de naître.

Dans l’immobilier, les NFT facilitent une transaction, mais aussi rendent liquide un bien qui ne l’est pas forcément.

La start-up Wincity, qui propose un jeu play-to-earn, se lance sur ce marché. Sur sa plateforme, il est possible d’acquérir des parts de biens immobiliers réels sous forme de NFT, via des cartes numériques. L’acquéreur des cartes reçoit une quote-part du loyer que Wincity perçoit. 

Cette tokenisation des biens réels demeure, pour le moment, une pratique marginale. D’une part parce qu’il s’agit des prémisses, d’autre part parce que la nature juridique des NFT n’est pas évidente.

Ainsi, comme le rappelle Eden Gall, « Les deux définitions d’ « actifs numériques » de l’article L. 54-10-1 du Code monétaire et financier issu de la loi Pace du 22 mai 2019 ne sont pas adaptées aux NFT ». De plus, la blockchain ne remplace pas le notaire, qui vérifie la qualité et l’identité des parties et s’assure de leur consentement de passer à l’acte.  

 

SADONE IMMO METAVERS NFT IMMOBILIERÀ l’heure actuelle, les transactions immobilières sous forme de NFT font face à des obstacles d’ordre juridique. Mais il est clair que « la technologie et l’unicité vont perdurer. La question à se poser est « sous quelle forme ? ».

Il reste encore du chemin à parcourir avant que l’achat de biens immobiliers sous forme de NFT soit encadré légalement. La démocratisation des NFT ouvre tout de même la voie à une réforme juridique pour les transactions immobilières.