Rencontre avec Charles Berling, un artiste protéiforme…

Acteur de théâtre, de cinéma, de télévision, metteur en scène, directeur de théâtre, scénariste de longs métrages, écrivain, mais aussi parolier et chanteur. 

 

 

Charles Berling, passionné des arts vivants, des mots, et boulimique de travail

Depuis le début des années 80, et ses premières apparitions grand public, Charles Berling est omniprésent, tant sur les scènes de théâtre que sur les plateaux de tournage. Il a, en effet, joué dans plus de quatre-vingts films et cinquante pièces.

Cet insatiable ne compte pas s’arrêter là. Pour cette seule année 2019, il incarne des personnages très différents dans quatre films :

  • Celle que vous croyez de Safy Nebbou, où il joue l’ex-mari d’une quinqua trompée,
  • Exfiltrés d’Emmanuel Hamon, un chirurgien influent,
  • Blanche comme Neige d’Anne Fontaine, un amoureux invétéré,
  • Trois jours et une vie de Nicolas Boukhrief, un ouvrier qui perd son fils.

L’année dernière, la pièce sur le « voile du radicalisme » Lettres à Nour, avec Eric Cantona et Nacima Bekhtaoui, qu’il a co-mise en scène avec son auteur, Rachid Benzine, a marqué les esprits. Il est aussi sur scène jusqu’en décembre prochain avec une pièce qui remporte un énorme succès critique et public, Art, de Yasmina Reza avec Jean-Pierre Darroussin et Alain Fromager.

Et parce que sa vocation de la scène va au-delà de la seule interprétation, Charles Berling codirige, avec Pascale Boeglin-Rodier, les théâtres Liberté de Toulon et Châteauvallon d’Ollioules.

 

L’exigence de la scène théâtrale

Pourtant, rien ne le prédestinait à la scène. Son père était médecin anesthésiste de marine, et sa mère, professeure d’anglais. Cette féministe affichée a tenu à continuer à travailler tout en s’occupant de ses six enfants. L’enfant Charles Berling vit ainsi dans une famille animée et voyageuse, entre Brest et la Polynésie.

Son amour de la scène remonte à l’adolescence lorsqu’il intègre la troupe de théâtre du lycée Dumont d’Urville à Toulon, créée par son frère ainé, Philippe, devenu metteur en scène de théâtre et d’opéra. C’est là qu’il y découvre le bonheur absolu du jeu. Sa vocation est née. C’est une certitude, il sera acteur.

Il est reçu à l’Institut national supérieur des arts de la scène de Bruxelles pour y apprendre les techniques théâtrales, avant de se lancer dans le « grand bain » de la scène. Dès le début des années 80, l’acteur commence à se tester au théâtre dramatique et à ses textes qui ne tolèrent pas l’approximation. Tout au long de sa carrière, il aborde avec passion des pièces classiques ou d’auteurs, aussi divers que Molière, Beckett, Schnitzler, Pinter, Lagarce, Botho Strauss, Beckett, Shakespeare, Vitez, Koltès, Céline ou Reza. Il est par ailleurs metteur en scène de sept pièces, dont la dernière en 2014, Dreck de Robert Schneider.

 

Le caméléon des écrans

Dès le début, Charles Berling fait parallèlement ses premiers pas sur une autre scène, celle du 7ème art, avec en 1982 Meurtres à domicile de Marc Lobet. Il ne quittera plus le cinéma, le cinéma ne le quittera plus. En trente- sept ans, il y interprète quatre-vingts rôles… plus de deux films à l’affiche par an.

Il commence par se faire remarquer dès 1994 avec Petits arrangements avec les morts de Pascale Ferran. Il incarne aussi le mari d’Emmanuelle Béart dans le dernier film de Claude Sautet en 1995, Nelly et Monsieur Arnaud. Mais c’est surtout, l’année suivante, son rôle de baron veule dans Ridicule de Patrice Leconte qui le révélera au grand public. Un film pour lequel il obtient une nomination aux César comme meilleur acteur.

Il sera par la suite un époux insatisfait dans Nettoyage à sec d’Anne Fontaine, prof de philo à la volubilité inquiète dans L’Ennui de Cédric Kahn, un quadragénaire paumé dans Ceux qui m’aiment prendront le train de Patrice Chéreau… Sur grand écran, il se sent tout autant à l’aise dans les films populaires grand public, comme Père et fils de Michel Boujenah, avec Philippe Noiret, Je reste ! de Diane Kurys, avec Sophie Marceau et Vincent Pérez, que dans le cinéma d’auteur ou des films engagés. On l’a vu aussi régulièrement dans des films ou des séries de télévision.

 

Un homme de théâtre, un citoyen

En 2010, il est nommé directeur du théâtre Liberté de Toulon, puis en 2015, de Chateauvallon à Ollioules, deux lieux de création et d’art, une scène nationale. Une façon pour lui de s’afficher comme promoteur d’un théâtre de qualité. Il reste cependant toujours soucieux de rendre accessible cet art jugé trop souvent élitiste. Mais Charles Berling a plus d’une vie dans son sac. Passionné d’océan et de voile depuis son plus jeune âge, il est personnellement engagé dans la cause environnementale depuis de nombreuses années. L’acteur est, de longue date, publiquement engagé avec la fondation Nicolas Hulot. Il n’hésite jamais à faire porter sa voix pour la cause environnementale qu’il considère comme une nécessité, une urgence.

Dès 2006, il a été la voix-off d’Al Gore, ancien vice-président démocrate des États-Unis dans le documentaire Une vérité qui dérange de l’américain de Davis Guggenheim, un plaidoyer pour la lutte contre le réchauffement climatique. En 2012, il prête sa voix au documentaire Des abeilles et des hommes d’Arthur Imhoof. Citoyen, humain, il s’est montré à plusieurs reprises aux côtés des sans-papiers de Cachan et se dit profondément féministe. Un passionné de l’art, des arts, des Hommes, de la vie…

 

L’INTERVIEW DE CHARLES BERLING

Jouer. Qu’est-ce que cela représente pour l’homme insatiable que vous êtes ?

Jouer m’est vital, c’est comme respirer pour moi. J’ai découvert que j’avais un lien physique avec la scène à l’époque du lycée. Depuis, cela ne m’a plus quitté. Jouer permet de m’équilibrer, cela me constitue.

Que vous apporte la scène en particulier ?

La scène et le cinéma sont des langages cousins qui se complètent. Ce sont des plaisirs très proches. Cet art de vivre dans la fiction, de s’y exprimer, c’est vivre. Se livrer à un film comme se livrer sur scène, c’est simplement merveilleux.

Le théâtre, le cinéma, mais aussi la radio, les enregistrements de voix, les lectures publiques, la chanson… cela forme une kyrielle de langages magnifiques qui s’interpénètrent. Au cinéma, on joue avec la caméra, les micros, ses partenaires et toute l’équipe autour. Au théâtre, il y a le bonheur d’être face au public, mais on joue aussi la scène, les décors, la lumière…

 

Les mots sont aussi une façon extraordinaire de sublimer le monde. C’est pour cela aussi que j’écris des scénarios, des livres, des chansons. – Charles Berling

 

 

Vous avez commencé par des textes classiques exigeants, mais vous aimez autant interpréter des drames que des comédies, que ce soit au cinéma ou au théâtre…

Tout m’intéresse pourvu que cela me touche. J’ai adoré jouer dans ce qui est considéré comme des comédies, Le Prénom, ou 15 août. Être sur scène en ce moment avec Art de Yasmina Reza, qui oscille entre comédie et drame, c’est juste extraordinaire. C’est une habitude française de catégoriser les choses, mais cette approche binaire ne me correspond pas. Même Shakespeare peut être drôle. J’ai la chance de pouvoir choisir. Ce qui me guide, c’est le texte, mais aussi le réalisateur/metteur en scène, les partenaires…

 

Les mots, le langage… En fait, c’est cela qui vous anime ?

Le langage est fondamental. J’ai découvert, grâce au théâtre du lycée, que je pouvais trouver des mots pour exprimer les angoisses, pour les nommer. Cela ne m’a plus quitté depuis. Lorsque l’on arrive à nommer les choses, on commence à les dépasser. J’ai trouvé ces mots, cette respiration vitale. Les mots sont aussi une façon extraordinaire de sublimer le monde. C’est pour cela aussi que j’écris des scénarios, des livres, des chansons.

 

Selon vous, le théâtre n’est pas élitiste…

Depuis toujours, lorsque j’interprète un texte de Genet ou que j’aborde une peinture de Rembrandt, je ne me considère pas comme un intellectuel, mais comme un homme curieux. Je fais partie de ceux qui pensent que tout le monde doit avoir accès à l’art, à la culture. Et c’est à nous, artistes, d’attiser cette curiosité-là.

 

En tant que citoyen, vous êtes depuis longtemps engagé dans la cause environnementale…

Je fais partie d’une génération qui a tellement vu le monde se modifier, la société de consommation se développer d’une façon exponentielle, folle. Je m’en sens responsable au nom de ma génération. J‘ai un devoir absolu de parler. Je vis aussi cela physiquement, moi le marin qui habite au bord de la Méditerranée.

À titre personnel, j’ai énormément modifié ma façon de vivre, de consommer. J’ai la chance d’être un homme public, je prends la parole dès que possible pour qu’il y ait une prise de conscience et des actions concrètes. À Chateauvallon, nous organisons de nombreux événements sur le sujet, avec les scolaires par exemple. C’est très urgent, nous n’avons plus le temps ! Mais il existe mille solution…

 

Crédit photo : © Daniel Kapikian